Over G Fighters

Over G Fighters

Energy Airforce, puisqu'on en parle, était l'une des plus sympathiques entrées de la simulation aérienne sur consoles. Faisant toujours le dos rond aux fantaisies de Ace Combat, Taito semble continuer dans cette voie pendant les premiers instants de jeu. C'est la reconstitution détaillée du HUD qui affermit cette impression. Il ferait presque peur avec ses nombreux niveaux de lecture. Vous devez d'abord changer de mode d'interface entre 6 états différents : navigation, atterrissage, mitrailleuse, sidewinder, msl (missile à guidage laser) et bombe. Pour chacun de ces modes, le nombre d'informations sur l'état de votre appareil est considérable. Et tout aussi superficiel. D'une part la lisibilité de ces indications est quasi nulle, d'autre part, seul l'atterrissage va vous demander de prendre en compte vos données de vol. La navigation est très peu sensible aux contraintes majeures que l'on rencontre dans les simulations, que ce soit le décrochage, la pression ou les perturbations climatiques. Dans le premier cas il vous suffit de diminuer les gaz pour reprendre la main, dans le second, supporter un éphémère voile gris, assez convaincant par ailleurs, et dans le troisième anticiper un peu plus vos roulis et lacets. Les instruments de mesure ne sont pas plus précieux dans les différents modes offensifs. Reposez-vous sur vos viseurs et tout ira bien. Trop bien d'ailleurs. Avec la mitraillette et les missiles, les zones de tolérance sont lâches, et on cartonne les ennemis comme à la foire. Tout le challenge du largage de bombe est flingué par un système automatique qui fera mouche même si vous vous amusez à écrire votre prénom dans le ciel.

Test Over G Fighter Xbox 360 - Screenshot 6Avec un HUD qui tourne avec la tête du pilote, plus vraiment besoin de carte...

La structure du jeu est aussi très étrange. On vous lâche directement dans une mission de simili Pearl Harbor sans aucun tutorial en prélude, sous quelque forme que ce soit. Quelques missions plus loin, pourtant, des mécanismes précis vous seront enseignés à part, dans des missions annexes. A ce compte là, on prend son manuel et on potasse dare-dare les quelques pages qui nous intéressent ou on consulte tout aussi promptement à l'écran ce que les développeurs ont osé appeler un "didacticiel" mais qui n'est autre que la liste des commandes. Le choix de l'avion avant chaque mission du mode scénario est aussi un vilain camouflet à ce que le puriste entend par simulation. On ne privilégiera jamais un autre appareil que celui obtenu dernièrement, car il est toujours globalement supérieur aux autres dans tous les domaines. Toute notion de choix en fonction du contexte de la mission est stérile. La composition de son armement est par contre utile selon la tâche qui vous attend. Outre la portée de vos missiles, il est pratique de pouvoir disposer d'un avion plus léger quand la mission est timée, ou de favoriser un armement lourd et bombardier pour des attaques plutôt air-sol. Cette liberté dans ses approches guerrières, on la retrouve aussi quelque peu dans la disposition en étoile des missions, ce qui vous permet de suivre le cheminement qui vous convient le mieux.

Test Over G Fighter Xbox 360 - Screenshot 7Un voile s'empare de mon esprit puisque, c'est connu, la nuit tous les Saint-Exupéry sont gris...

Les missions de Over G Fighers, c'est toute une histoire. Enfin, justement non. Ce ne sont que des débuts de brouillons d'évènements insignifiants. Les gourmands des batailles du ciel, qui se prennent pour Jean Mermoz en faisant voler leur biscotte au petit déjeuner, vont dépérir à petit feu devant la misère rythmique et l'équilibre navrant du mode scénario. Les petites séquences d'exposition en préambule sont d'une fadeur consternante quand on sait ce qu'on peut faire en termes de mise en scène avec ce sujet. Les objectifs sont constamment inintéressants, ça fait combien de fois qu'on doit effectuer des raids aériens offensifs sur quelques transports de marchandises ou enfoncer un porte-avions qui bloque les ports avoisinants ? La manière même dont le début de chaque mission est disposé ne cesse d'être stupide. L'avion peut être préalablement déjà dirigé droit vers l'objectif, ne touchez à rien, visez un peu, tirez, faites ça dans le sens inverse deux, trois fois, c'est terminé. Ou alors, vous démarrez à terre, effectuez cinq minutes de voyage d'une tristesse pure et tout cela pour trépasser deux malheureux coucous pas franchement doués, comme l'ensemble des ennemis. Puisqu'en outre les adversaires sont incapables de vous prendre correctement à revers et tirent avec les pieds, sans bouger les oreilles peut-être, mais comme des manches tout de même. A cause, ou plutôt grâce à ces pantins, le joueur se concentre sur ses cibles prioritaires sans jamais craindre d'être repoussé par les autres voltigeurs. Edifiant. Le gameplay soit-disant simulation de Over G Fighters commence donc à se transformer en une succession de faux-semblants, et le titre en une resucée arcade assez mauvaise.

Test Over G Fighter Xbox 360 - Screenshot 8Un cockpit qui crie "simulation" ! Un gameplay qui hurle "arcade" !

Over G Fighters s'échoue finalement dans les catacombes de 2006 par son apparence graphique et son contenu. Le mode multijoueur est des plus sommaires : une arène pour 8 participants catalyse toute l'attention, alors qu'un quelconque mode versus se demande ce qu'il fait là. La partie défi, en solo, est tout aussi négligeable, puisqu'on retrouve visiblement aux commandes les mêmes level designers du mode scénario, ceux qui apprécient les missions sous valium de 5 minutes chrono. L'aspect sonore est à mon sens la vraie face honteuse du jeu. Des relents de fatigue et de peine m'ont personnellement submergés à l'écoute de ces pistes musicales qui renvoient aux pires heures du hard FM. Insurmontable, surtout quand viennent s'y accoler des voix que l'on déjà entendu mille fois dans n'importe quel plagiat de Top Gun. Quant au visuel, il faudrait faire un emprunt à la banque du venin pour trouver suffisamment de quoi cracher sur cette ode à l'anachronisme graphique. Le Deadly Skies de la Dreamcast lui-même, sorti en 2000, peut se gausser. Pour conclure par une image, il y a ce rouage du jeu qui est tout le symbole de la tromperie : le décollage. La manoeuvre a l'air réjouissante puisqu'il faut d'abord sortir son engin de la piste de roulage pour le positionner sur la piste de décollage et mettre les gaz. Ce cérémonial est délicat et rythmé comme un crescendo très plaisant, on attend avec impatience le moment suprême où nos roues se suspendront soudainement dans le vide grâce à la vitesse et la puissance de notre monstre zélé. Et puis au moment en question, voilà que le jeu prend les choses en main et effectue l'élévation lui-même comme un grand, automatiquement. C'est dommage, il a oublié le joueur au passage.

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