King Kong

King Kong

L'adaptation de King Kong est en soi un véritable casse-tête. Pourquoi ? Eh bien, au-delà de l'attente suscitée par le film de Peter Jackson, son pendant vidéoludique se doit de lui être fidèle pour s'adresser aussi bien aux fans du grand singe qu'au grand public. De fait, comme il est maintenant de coutume, le jeu sort avant le film, ce qui est une bonne façon de savoir ce qui nous attend sur grand écran. A l'inverse, il est également vrai que de nombreux spectateurs/joueurs achèteront le titre d'Ubisoft après avoir vu le long-métrage. Bref, dans les deux cas, l'adaptation se doit d'être de qualité pour faire en sorte que l'industrie vidéoludique soit aussi gagnante que celle cinématographique. Pourtant, à l'heure actuelle, peu de films ont donné des titres exceptionnels. King Kong représente donc un possible salut, d'autant que les conditions dans lesquelles a été réalisé le jeu étaient optimales : de nombreux croquis de Weta Workshop mis à disposition d'Ubisoft pour le design général du soft, implication de Peter Jackson dans le projet, le savoir-faire de Michel Ancel (Rayman, Beyond Good & Evil), etc.

Test King Kong Xbox 360 - Screenshot 19Il est parfois un peu frustrant de ne pas toucher son ennemi alors qu'il est juste devant nous.

Tout était donc propice pour que King Kong soit un authentique chef-d'oeuvre ou du moins une véritable extension de pixels venant soutenir la production du plus gros blockbuster de cette fin d'année. Et c'est peut-être pour toutes ces raisons qu'on ne peut s'empêcher d'être légèrement déçu par le résultat final qui témoigne pourtant d'une grande sincérité de la part du père de Rayman tout en s'empêtrant dans un certain manque de diversité. Pourtant, n'allez pas croire que je n'ai pas apprécié le jeu, puisque c'est tout le contraire. Comment expliquer alors qu'en parallèle de cet engouement, le goût amer de la déception s'est parfois fait aussi présent que celui plus sucré de la surprise, de l'émerveillement, du plaisir ? A cela, je vois trois raisons principales. La première est due à un manque d'ambitions propres aux situations proposées lors des passages avec Jack. Limitées, elles se résument dans 95% des cas à aller à un bout du niveau pour enflammer une lance, à revenir sur nos pas pour brûler des ronces entravant notre progression puis à repartir à un autre bout du niveau pour chercher un levier qui vous servira enfin à ouvrir une porte une fois retourné en arrière. Cependant, quelques phases plus dynamiques (mais trop disparates), où vous devrez attirer l'attention d'un T-Rex pendant que vos compagnons se fraieront un passage, apportent un vent de fraîcheur salvateur.

Test King Kong Xbox 360 - Screenshot 20On a encore plus de plaisir à évoluer dans les décors de la version Xbox 360, mais Dieu, que de leviers !!

La deuxième raison veut que la place laissée à King Kong soit très minime. Pour être précis, vous ne pourrez diriger le gorille que dans 9 scènes sur un total de 39. Frustrant, vu que malgré leur côté minimaliste et bourrin, ces passages sont monstrueusement fun, grâce à la gestuelle de Kong qui est parfaitement rendue ou le déchaînement de violence amené par des empoignades homériques. Le problème du respect de l'oeuvre originale peut être évoqué mais on se dit que quelques concessions n'auraient pas fait de mal pour profiter un peu plus de ces rixes monumentales. On pourra citer le dernier baroud d'honneur à New York mais vu que ces deux chapitres font peine à voir (d'un point de vue graphique et en terme de maniabilité), on préférera ne pas top s'appesantir là-dessus. Enfin, le troisième point tient à la faible longévité du titre qui se termine en moins de 7 heures. Ceci dit, l'occasion de refaire une seconde fois l'aventure vous sera donnée pour débloquer une fin alternative ou d'autres bonus comme des interviews ou des croquis. A ce sujet, on ne peut qu'applaudir la façon dont a été mis en scène le passage en revue des artworks. Ainsi, une fois que vous aurez choisi une galerie d'images, vous vous retrouverez dans une espèce de musée rempli d'artworks dans lequel vous pourrez vous balader. Un détail de qualité synonyme de l'originalité qui englobe toute cette production.

Test King Kong Xbox 360 - Screenshot 21Incroyable comme certaines scènes du jeu ont en commun avec de véritables artworks.

A ce propos, la jouabilité de King Kong témoigne elle aussi d'une grande singularité qui, en plus d'apporter beaucoup de charme et une immersion totale, force le respect. D'ailleurs, il est intéressant de noter que les phases avec Kong sont clairement issues d'un univers cinématographique alors que celles avec Jack Driscoll restent plus ancrées dans un modèle vidéoludique. Dans les deux cas, Michel Ancel a eut la bonne idée d'utiliser le format 16/9, à l'image de ce qui avait été fait avec le fantastique Beyond Godd & Evil. Si cet aspect avait été critiqué (à tort) par nombre de joueurs, on imagine mal faire les mêmes reproches pour une adaptation d'un long-métrage. Le format cinémascope, couplé à une absence d'indications visuelles, renforce donc l'identification à Jack Driscoll qui devient non pas un banal avatar de pixels jouant un rôle mais bel et bien un pauvre hère livré à lui-même dans un monde hostile qu'il ne connaît et comprend pas.

Test King Kong Xbox 360 - Screenshot 22Les cinématiques ont été remplacées par des plans vous présentant le niveau à venir. Un choix judicieux.

L'ingéniosité de la chose va encore plus loin grâce à une multitude de petites idées toutes bêtes. Par exemple, vous pourrez communiquer avec vos compagnons pour leur demander comment ils vont ou pour échanger des armes. D'accord, les dialogues sont limités, tout comme les armes (au nombre de 4 sans compter les lances ou les os qu'on trouve un peu partout) mais c'est plutôt bien pensé. Ensuite, en appuyant sur une touche, Jack se parlera à lui-même tout en nous renseignant sur le nombre de chargeurs restant. Enfin, lorsque vous aurez une arme blanche entre les mains, il vous suffira d'appuyer sur un bouton pour zoomer et d'utiliser votre doigt comme d'un viseur. La seule chose qui agace un peu dans tout ça provient du fait que vous devrez faire très attention lors des combats. En effet, lorsque vous vous ferez toucher une première fois, votre vision se troublera, le deuxième coup vous rendra encore plus vulnérable alors le troisième sera synonyme de mort. La solution consiste alors à se replier rapidement, le temps de retrouver la forme puis à utiliser tous les moyens mis à sa disposition pour contourner un problème.

Test King Kong Xbox 360 - Screenshot 23Le mode Furie de Kong est peut-être le seul effet un peu moins réussi sur Xbox 360.

Je fais ici référence à la chaîne alimentaire qui vous permettra d'embrocher des insectes pour les jeter en pâture aux prédateurs qui détourneront alors leur attention de votre personne. Libre à vous également de tuer un Venatosaurus, un Raptor ou tout autre petite bébête pour faire en sorte de nourrir l'imposant T-Rex qui s'invitera tout au long de l'aventure. Si ce principe de chaîne alimentaire aurait mérité d'être plus étudié (il est très facile de finir le jeu sans l'utiliser), il permet de progresser plus facilement quand nous sommes à court de munitions. Moins profondes de les séquences de Jack, celles de Kong n'en sont pas moins jouissives. Délaissant l'originalité au profit de la bestialité, la construction de ces scènes joue sur la capacité de Kong à marcher sur les murs ou à se balancer de branche en branche et sur des moments de pure violence où vous devrez venir à bout de plusieurs ennemis. Oui, c'est aussi linéaire que tout le reste mais la gestuelle du gorille ainsi que ses capacités font qu'on prend un malin plaisir à tout ravager sur son passage. Le peu de mouvements (6 au total) est quelque peu regrettable mais ça n'enlève rien au plaisir procuré par tout ce déchaînement de brutalité mis en exergue lors du passage en mode Rage, lui-même sublimé par un filtre graphique très "PoPesque" et un effet de ralenti lorsqu'on frappe un ennemi.

Test King Kong Xbox 360 - Screenshot 24La modélisation du T-Rex est tout simplement stu-pé-fian-te !

Au final, King Kong possède de réelles tares qui sont d'autant plus dommageables qu'elles auraient pu être évitées. Mais ce qui ressort le plus est sans doute le sentiment d'avoir enfin affaire à une bonne adaptation vidéoludique d'un long-métrage. Le résultat n'est pas exceptionnel, on en fait vite le tour et ce sera sûrement votre part de sensibilité qui fera la différence. Une conclusion un peu désoeuvrée qui n'est pourtant pas le reflet de la qualité globale du jeu. Ceci prouve bien que King Kong est avant tout une histoire de passion et surtout d'imagination. Si vous êtes convaincus dès le départ d'être sur Skull Island, vous ne devriez avoir aucun mal à faire l'aventure d'une traite, bien que le rêve ait tendance à se briser une fois arrivé à New York. Mais au-delà de ces déceptions d'ordre structurelles, la vision de Michel Ancel affiche cette volonté d'aller de l'avant en ne se limitant pas au carcan opportuniste qui s'attarde uniquement sur la forme et une utilisation de licence se réduisant à un nom sur une boîte de jeu. King Kong est avant tout une histoire d'amour entre un gorille et une femme, le jeu vidéo et le septième art, un réalisateur et son oeuvre.

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