Half-Life 2

Half-Life 2

En premier lieu, permettez-moi de sabrer le premier paragraphe du test original qui n'avait pour but que d'introduire un premier élément : le fait que jeu ne contienne aucune coupure, ni cinématique, ni enchaînement de missions via un écran de loading, rien. On avance en permanence de scènes d'actions en exploration et rencontres d'alliés pratiquement en temps réel et dans le peau de Gordon Freeman. Très vite, il est évident que ce qui fait du jeu un incontournable, c'est sa force d'immersion. Débarquant dans la ville mystérieuse de City 17, dans laquelle les humains vivent dans de sombres ghettos, terrorisés par une étrange Milice, le joueur se trouve, avant même d'avoir compris que la cible c'est lui, poursuivit par cette dernière. Et ainsi tout commence. Durant les premiers temps du jeu, on se verra traqué comme une proie, en ville, sur les toits, dans une gare, avec un véritable sentiment d'urgence. Cherchant du regard la prochaine échappatoire au nouveau piège à rat dans lequel on s'est fourré, avant d'aller tenter sa chance en hydroglisseur pour une nouvelle course-poursuite de haute volée (mais fichtrement trop longue). La suite vous rendra votre place de chasseur cependant et il faut avouer qu'après un démarrage en trombe, on retrouve rapidement les bases du genre que le jeu n'a pas l'intention de révolutionner, simplement, il sait les assembler avec brio. Si on gratte un peu, on réalise qu'HL2, finalement, c'est un shooter presque à l'ancienne, on court, on tire et on ramasse des munitions ou des medikits éparpillés au sol ou rangés dans le demi-milliard de caisses en bois qui jonchent les niveaux. Après ça, on résout des puzzles afin de lever des obstacles. Vous voyez, c'est plus que classique et en plus, c'est ultra linéaire et scénarisé. On se croirait revenu en 99. Pourtant, quelle efficacité. Les puzzles par exemple feront souvent appel au moteur physique du jeu, en nous demandant d'alourdir une plate-forme afin de déclencher une réaction en chaîne. Si le concept est banal, la forme est au moins originale. C'est ce que l'on se dit lorsqu'on doit retirer les cales d'un blindé en charge sur un poteau électrique afin de le faire rouler et ainsi d'abattre ledit poteau.

Test Half-Life 2 Xbox 360 - Screenshot 1Le G-Man répond toujours présent quand il s'agit de faire une apparition mystérieuse.

Mais comme je le disais, si Half-Life 2 est si scotchant, c'est par son immersion. Les scènes d'anthologie s'enchaînent, qu'il s'agisse de la séquence en hydroglisseur ou à bord du buggy entrecoupées de haltes afin de débloquer le passage en faisant flotter un tremplin ou en replaçant une batterie sur un contacteur. Viennent aussi les combats contre des hélicos de la Milice et d'autres. Valve sait continuellement renouveler les plaisirs et nous happer dans son univers. Ici on se la jouera James Bond dans les marais ou les canaux en hydroglisseur, là on prendra d'assaut une base ennemie en compagnie de créatures mutantes maintenues sous notre contrôle à l'aide de phéromones, juste après qu'elles aient elles-même failli nous écharper, là on ira lutter en ville contre une horde d'araignées géantes (Striders), peu après avoir attaqué une prison etc. Cependant, le jeu ne s'évite pas quelques longueurs à l'occasion. L'action n'est pas continuelle contrairement à la progression et il arrive qu'on trouve le temps long parfois ou que le schéma "je roule - je suis bloqué - je vais ouvrir la porte et je reviens dans 10 minutes" fatigue à la longue. Un peu, mais pas trop. Et pas suffisamment pour que les autres aspects séduisants du titre en soient obscurcis ou que l'on se sente éjecté hors du monde dans lequel Gordon Freeman a repris connaissance. En dépit de l'absence de cinématiques, difficile de ne pas se dire qu'HL2 fait penser à un film de SF dont on serait le héros, mais d'une manière nettement moins dirigiste et scriptée qu'un Medal Of Honor, du coup, on y croit beaucoup plus.

Test Half-Life 2 Xbox 360 - Screenshot 2Cité 17 et sa citadelle vous souhaite la bienvenue dans la ville prison.

Un film fort et très stylé dans lequel on prend un vrai pied à évoluer et dont les hostiles résidents sont un petit régal à affronter. Question de mise en scène mais aussi de design, à commencer par le design sonore, les voix mais surtout les effets sont une véritable réussite et la bande-son maîtrisée parvient à elle seule à donner corps et âme à cette Terre occupée et à cette invasion. Du bruit des hélicos en passant par la voix des Miliciens du Cartel aux sons émis par les diverses créatures du jeu, rien n'est à jeter. Et lorsque les excellentes musiques viennent souligner une phase d'action, on bénit les compositeurs de Valve. Tout est là pour assurer une véritable crédibilité à l'univers et poser une ambiance d'oppression qui colle à l'idée de départ. Entre La Guerre des Mondes et le Jour le Plus Long, voilà où on se situe.

Test Half-Life 2 Xbox 360 - Screenshot 3Freeman : tout dans la tête et même pas de bras.

Le level design n'est pas à la traîne pour sa part en dépit de sa linéarité et même si d'un point de vue technique nous constateront quelques ratés. Le design général n'a rien à envier aux meilleurs films de SF et en surpasse même certains, il suffit de voir City 17, une ville au style un peu victorien au sein de laquelle évoluent les Miliciens qui évoquent des membres de la Gestapo qui n'auraient pas réussi à retirer leur masque à gaz, les sondes qui recherchent les "anti-citoyens" et plus. Et au milieu de tout ça, les constructions ennemies à l'architecture improbable. Autant d'éléments constitutifs d'une ambiance prenante qui fait avant toute autre chose la qualité du jeu.

Test Half-Life 2 Xbox 360 - Screenshot 4Le gravity gun vous montrera vite quel sympathique compagnon de jeu il peut être.

En sus de cette plongée irrésistible dans son univers et ses scènes d'actions variées, le jeu sait aussi se nantir d'autres atouts, dont son moteur physique (l'inénarrable Havok). Pourquoi tirer sur 4 ennemis quand il suffit de faire chuter l'échafaudage de bois qui les supporte ? J'ai déjà parlé des puzzles qui demanderont que la solution soit trouvée en pensant aux possibilités de réactions en chaîne mais on ne devra pas oublier l'arme Anti-gravité, seule arme vraiment originale du jeu. Grâce à elle on peut soulever des objets raisonnablement lourds ou bien en projeter d'autres plus gros, une voiture même. Inutile de vous dire que jeter une voiture sur une troupe de miliciens fascisants, c'est fun. Mais pas autant que soulever une lame de scie circulaire et de la lancer vers 4 ou 5 "zombis" qui vont apprécier l'humour tranchant de la chose.

Test Half-Life 2 Xbox 360 - Screenshot 5Alyx Vance, désolé, mais il va falloir vous habituer à elle, vous n'avez pas fini de la voir par la suite.

Décrire en quoi un jeu se montre génial quand il le doit plus à l'immersion du joueur qu'à une grande richesse de gameplay, voilà un exercice délicat, alors ne retenez qu'une chose, HL2, quand on le lance, on n'arrive plus à en sortir ou alors on demande à un copain musclé de vous arracher du clavier. Alors Half-Life 2 jeu ultime ? Jeu du siècle ? Ben... En fait non. En premier lieu, il faut admettre que si Episode One et Episode Two ont légèrement rafraîchi le jeu, Half-Life 2 a pour sa part prit un coup de vieux en seulement 3 ans. Ses mécaniques de jeu ont depuis fait long feu et on plus de mal à lui pardonner certaines longueurs, notamment les séquences en véhicules, hydroglisseur ou buggy. De plus, si l'I.A. n'était déjà pas au top à l'époque, aujourd'hui elle fait vraiment grise mine. D'un côté on trouvera une galerie de monstres stupides plus ou moins agressifs qui vous foncent dessus à des vitesses variées. De l'autre, la milice du cartel, plutôt du genre suicidaire et qui a beaucoup de mal à intégrer le fait que celui qui gagne à la fin, c'est vous et que ses agents feraient bien d'aller se planquer un peu au lieu de rester au milieu du chemin. Autre grief : la réalisation. HL2 a trois ans, ça se voit et face à la concurrence assez rude en matière de FPS sur console (par exemple, Bioshock), le source Engine dans sa première version a pris de l'âge. Mais on soupçonne également que Valve ait consenti à quelques sacrifices pour faire entrer autant de jeux sur un seul DVD. Les modèles 3D sont dépassés, les textures ne sont clairement pas en HD, on aperçoit de l'aliasing et du clipping de mauvais aloi et pire, on note l'absence de certains effets sonores, notamment ceux liés à la combinaison de Gordon qui ne réagit plus à rien et a donc perdu sa « petite voix » indiquant votre état de santé, les menaces en cours ou le manque de munitions. Tout ce qu'on a en échange, c'est un peu de HDR ajouté à la dernière minute au jeu original.

Test Half-Life 2 Xbox 360 - Screenshot 6Les robots lames, vicieux et nerveux.

Mais ce sont également certaines lacunes qui étonnent considérablement et qui font cruellement défaut. Exemple bateau, l'ami Gordon ne sait se servir de ses mimines que pour tenir une arme. Attrapez un objet et vous le verrez flotter sous votre nez comme par magie. Grimpez sur une échelle et vous constaterez avec un petite moue triste que Gordon garde son arme à la main et ne saisit pas l'échelle. Ca fait tache, surtout pour un jeu qui fait tout pour être crédible. On enchaîne en regrettant l'impossibilité de se pencher pour tirer en coin, alors qu'on peut le faire dans la plupart des jeux actuels. Et enfin dernier reproche, Gordon ne parle pas. D'un point de vue des procédés narratifs et immersifs, ça se défend, dans la pratique, lors des scènes de causette, on a un rien l'impression de jouer les aventures de Rain Man, on ne répond pas aux questions, on n'en pose pas, on se tait et on joue les débiles. D'ailleurs, les questions, elles restent en suspens puisque paradoxalement, le scénario de HL2 n'est pas vraiment développé et encore moins clairement explicité. Un fait aussi surprenant que décevant.

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