Uncharted : Drake's Fortune

Uncharted : Drake's Fortune

A la question qu'attendez-vous des consoles nouvelle génération, les joueurs ont souvent répondu l'arrivée de franchises capables de susciter un vif intérêt sur le long terme. Sans doute par lassitude de voir se multiplier des suites mais aussi pour profiter concrètement des progrès, pas seulement techniques, effectués par les talentueuses équipes de développement. Et à ce jeu-là, Naughty Dog peut se targuer d'avoir fait ses preuves. Le studio a donc donné vie à Nathan Drake, un beau gosse trentenaire, une sorte de pendant masculin de Lara Croft, qui va entreprendre de poursuivre les recherches entamées par un explorateur dont il est l'un des descendants. Une quête qui va le mener sans temps mort jusqu'à la mythique cité d'or d'El Dorado, censée abriter un trésor des plus convoités. Sans spoiler, avouons que ce scénario se présente clairement comme une bonne grosse repompe d'oeuvres cinématographiques à la Indiana Jones, avec un gentil, une potiche, un fidèle ami et des méchants armés jusqu'aux dents. L'intérêt d'Uncharted : Drake's Fortune est donc ailleurs, quelque part entre le charme d'une jungle hostile et des décors carte postale, ponctués par une alternance de couleurs, tantôt vives, tantôt sombres. Un vrai petit film.

Test Uncharted : Drake's Fortune Playstation 3 - Screenshot 67L'un des nombreux screens carte-postale du jeu. Vous en trouverez une flopée dans l'aventure.

Drake's Fortune est un jeu d'action/aventure dans la pure tradition d'un Tomb Raider. Le héros va devoir alterner les phases de gunfights, de plates-formes et les puzzles. Ces trois passages constituent clairement la base du jeu et sont utilisés à part à-peu-près égale au fil de l'aventure qui se compose de 22 chapitres. Chapitres eux-mêmes morcelés en de nombreux checkpoints qui permettent d'éviter un retour à la case départ fortuit. Par exemple, il ne vous sera jamais demandé, en cas de mort, de recommencer un puzzle, une phase de plates-formes et un gunfight. La sauvegarde automatique, bien pratique au passage, se chargera d'enregistrer votre progression jusqu'à la dernière difficulté. De quoi intensifier l'aventure qui a déjà le mérite de ne présenter aucun temps mort, les espaces "clôs" aidant à trouver très rapidement la sortie d'autant que le joueur peut choisir d'activer une aide visuelle s'il lui arrive de buter sur l'une des énigmes à résoudre. Ces puzzles plutôt basiques trouvent souvent leur solution dans le carnet qu'a récupéré Nathan dans le cercueil de Francis. Des dessins, des textes, des symboles qui vous permettront de savoir dans quelle direction orienter telle statue, quel mécanisme activer en premier et comment utiliser les éléments qui vous entourent. En parallèle, une quête d'objets de valeur, une soixantaine au total, allonge la durée de vie, faible à la base puisqu'il ne faut guère plus de huit heures pour voir le bout du jeu en mode Normal.

Test Uncharted : Drake's Fortune Playstation 3 - Screenshot 68Nathan Drake est très agile. Il se déplace de plate-forme en plate-forme avec une aisance déconcertante.

Si Prince Of Persia est régulièrement cité en tant que référence inspiratrice, c'est en grande partie dû à la capacité de Drake de se déplacer avec agilité et rapidité. Il profite en effet de la moindre plate-forme pour se mouvoir dans l'espace avec une grande simplicité à l'aide de commandes ultra basiques. Et finalement, au diable l'irréalisme de certains de ses sauts ou le côté parfois très saccadé de ses mouvements, bien loin d'afficher la classe d'un Altaïr. Car les phases de plates-formes, souvent très casse-gueule dans ce type de jeux, s'enchaînent avec une aisance non négligeable, en dépit de rarissimes problèmes de caméra. Caméra que l'on replace d'ailleurs de moins en moins au fil des heures de jeu, Drake s'occupant automatiquement de rattraper nos erreurs d'appréciation. Concrètement, un saut n'aura pas forcément besoin d'être droit ou dosé pour être réussi. Nathan se charge d'utiliser chaque côté d'une plate-forme, quelle que soit sa forme de base, pour s'agripper et corriger quasiment de lui-même une trajectoire douteuse. Clairement, le level-design a été fait pour simplifier les déplacements aériens qui profitent parfois d'actions contextuelles ou de scripts pour afficher un intérêt particulier. Précisons également que l'anatomie assez développée (mais pas exagérée) lui permet de tirer tout en se maintenant accroché à une plate-forme quelconque. Un côté pratique mais qui se révèle sous-utilisé malheureusement.

Test Uncharted : Drake's Fortune Playstation 3 - Screenshot 69La visée est particulièrement précise et les sticks analogiques répondent parfaitement bien.

Mais le coeur de Drake's Fortune, ce sont les phases de shoot. Des gunfights assez fréquents mais qui évitent de pourrir l'aventure et l'exploration de cadres sauvages fourmillant de petits détails. Ce sont d'ailleurs ces phases qui font la lumière sur les principaux défauts du jeu avec en ligne de mire le cruel manque d'interaction avec les décors. Si quelques barils bourrés d'explosifs ne résisteront pas, le gros des décors ne bronchera pas aux rafales de balles échangées avec une armada de Régis aux répliques de Régis mais au comportement moins idiot qu'on pourrait s'y attendre. S'il leur arrive de progresser vers vous à découvert, ils jouent tout autant que Drake avec les rochers, murs et autres cachettes improvisées. Leur véritable point fort est en réalité de forcer vos déplacements en progressant sans arrêt, afin de compliquer la tâche qui pourrait être de trouver l'angle parfait permettant de descendre sans se faire toucher. Mais là aussi, quelques incohérences persistent. La visée s'avère certes très précise mais la résistance aux armes de petit ou moyen calibre de l'IA aura tendance à faire rager, d'autant qu'à certains moments, des headshots ne suffiront pas à tuer un ennemi particulièrement robuste. Ce qui nous amène naturellement à conclure ce passage sur la gestion des armes, une dizaine au total, assez bien pensée puisque Drake ne pourra pas transporter plus d'un pistolet, d'une arme lourde et de quatre grenades.

Test Uncharted : Drake's Fortune Playstation 3 - Screenshot 70En Jeep, vous vous concentrez sur les véhicules ennemis. Elena se contente de conduire.

Car si Drake est capable de combattre au corps-à-corps sous forme d'actions semi-contextuelles, cette méthode ne présente que peu d'intérêt dans la mesure où l'on ne rencontre pas d'ennemi désarmé du début à la fin de l'aventure. Ou plutôt pas avant la dernière demi-heure du jeu... Quoi qu'il en soit, la gestion de l'arsenal à notre disposition est capitale et bourriner sans chercher un maximum d'efficacité entre balles utilisées et ennemis descendus ne vous mènera pas loin. Les munitions se font plutôt rares et le meilleur moyen d'en récupérer est de dépouiller le corps des victimes gisant çà et là. Ce réalisme est sans hésitation ce qui fait l'intérêt des gunfights qui ne présentent pas vraiment de dissemblances entre eux. On regrette simplement que le titre ne propose pas quelques passages d'infiltration où l'utilisation d'armes blanches aurait été à préconiser. Le jeu est donc orienté sur une action intense, sans répit, et les différents niveaux s'enchaînent sans déplacements longs et pompeux. Quant à Elena Fisher, une journaliste qui accompagne Nathan dans sa quête et Victor Sullivan, un fidèle ami de l'aventurier, leur présence n'influe aucunement sur le déroulement des gunfights. Ceux-ci restent la majeure partie du temps à couvert, tirent deux ou trois balles occasionnellement et ne subissent pas vraiment les conséquences des shoots ennemis. Pas de mission de protection donc et tant mieux quand on voit le comportement quelque peu ridicule d'Elena, potiche de l'histoire mais avant tout boulet malgré elle.

Test Uncharted : Drake's Fortune Playstation 3 - Screenshot 71Les phases en Jet-ski sont laborieuses. Le joueur doit conduire, s'arrêter, viser, tirer, réaccélerer...

Comme tout bon aventurier qui se respecte, Drake sait aussi utiliser des véhicules pour parvenir à ses fins. Prenons l'exemple du Jet-Ski, sans doute le passage le plus poussif de toute l'aventure. Il arrivera que vous deviez conduire et tirer en alternance, dans des espaces parfois dépourvus de cachettes naturelles. Un concept plus ou moins bien étudié et pas forcément intuitif, parfois carrément surréaliste quand il vous faudra remonter une rivière à contre-courant et passer outre de véritables cascades, avec un passager passif qui se prénomme Elena. Celle-ci se montre déjà plus à son aise dans des phases de courses-poursuites là aussi plus ou moins scriptées, où elle prend le volant d'un 4X4 pendant que vous devez défourailler à outrance toute vie humaine à l'aide d'une mitrailleuse disposée dans la caisse. Le reste des déplacements motorisés n'est pas jouable et intervient par l'intermédiaire de cinématiques assez récurrentes et qui permettent de connaître plus profondément la nature obsessionnelle mais pas toujours des plus courageuses de Nathan.

Test Uncharted : Drake's Fortune Playstation 3 - Screenshot 72L'ambiance graphique change du tout au tout, d'une forêt luxuriante à des sous-sols sombres et inquiétants.

En termes d'ambiance, Uncharted : Drake's Fortune est certainement ce qui se fait de mieux sur PS3. La nature luxuriante, les couleurs vives et souvent exotiques, les changements radicaux d'atmosphères, d'une forêt murmurant toutes sortes de sons à des catacombes inquiétantes de silence... Le joueur passe à-peu-près par tous les états en dépit d'une certaine linéarité et d'un scénario accumulant les clichés. Un paradoxe qui renvoie à un autre paradoxe, plus sonore celui-ci. On a d'un côté une tracklist qui se déguste note par note, souvent en parfaite harmonie avec l'action à l'écran, apaisante, angoissante, pressante... Et d'un autre côté un doublage quasi calamiteux. La faute à des textes à l'humour potache et un héros qui laisse trop souvent jaillir ce côté peureux en osant des "eh, oh, c'est pas drôle hein !!" en pleine phase de plates-formes ou des "oh, oh, non, pas ça !" à chaque fois qu'un ennemi balance une grenade à proximité. Sans compter sur des répliques dignes des pires séries B, là aussi, extrêmement prévisibles, qui gâchent parfois cette atmosphère si prenante. Mais tous ces petits défauts ne suffisent pas à nous faire lâcher le pad PS3, qui, au passage utilise sa fonction gyroscopique à deux petites occasions sur les 8 heures de jeu. La première fois, pour aider Drake à conserver un équilibre sur le tronc d'un arbre utilisé comme passerelle et la seconde fois pour se défaire du fameux type d'ennemis qui intervient en fin d'aventure, en tant que seule "surprise" scénaristique. Ce qui est bien assez, les développeurs n'ayant pas succombé à la tentation de mettre en avant une fonction qui ne trouve pas vraiment sa place sur un support comme la PS3.

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