Civilization Revolution

Civilization Revolution

Une telle entreprise suscite des craintes naturelles, qui sont en grande partie dissipées une fois le jeu pris en main. Que ceux qui présageaient un appauvrissement des possibilités par rapport aux versions PC soient rassurés : il n'en est rien. Sans bénéficier de la complexité d'un Civilization IV, Civilization Revolution se révèle tout aussi complet et prenant que les premiers épisodes de la série. En revanche, quelques problèmes de jouabilité – inéluctables argueront certains – viennent ternir un peu l'expérience de jeu. Rien qui ne soit rédhibitoire, mais ces soucis d'ergonomie suffisent à transformer ce qui était une référence sur PC en un "bon jeu de stratégie" sur console. Ce qui n'est déjà pas si mal, d'autant que le genre y est peu représenté. Alors plongeons-nous plus avant dans ce que nous a concocté Sid Meier.

Ce qui peut frapper dès le premier contact, ce sont les concessions faites sur la réalité historique, caractéristiques de la série. Non qu'elle soit absente, mais elle est traitée avec une certaine légèreté. Le principe n'a pas changé : il s'agit toujours de bâtir un empire sur quelques milliers d'années. On choisit parmi plusieurs civilisations celle dont on souhaite prendre le destin en main en fonction de sa façon de jouer (chacune octroyant des bonus différents) : du Royaume Egyptien de Cléopatre à l'Inde pacifiste de Gandhi en passant par la France impériale de Napoléon, tous les grands peuples sont là, emmenés par les figures incontournables qui les ont incarnés. Le problème, c'est que ces différentes civilisations vont se côtoyer allègrement une fois la partie lancée, en dépit de toute cohérence temporelle. Jules César pourra donc passer un accord diplomatique avec le chancelier Bismarck, bel exemple d'anachronisme à faire dresser les cheveux d'un Emmett Brown. Plus gênant : les civilisations ont beau évoluer au fil des siècles, elle n'en conservent pas moins l'ensemble des attributs culturels qui leur sont propres. On se retrouve donc à l'aube du XXIème siècle avec des villes baroques où les temples côtoient les silos nucléaires, et où les hoplites s'entraînent aux côtés des chars d'assaut. L'Histoire n'est donc qu'un prétexte à l'amusement. Bien qu'assumé, ce parti pris n'en décevra pas moins ceux qui prennent au sérieux l'ancrage historique de ce genre de jeu.

En vérité, Civilization Revolution est un jeu qui ne se prend pas au sérieux. Son style visuel, léger, coloré et cartoon, en témoigne. Du design des personnages qui interviennent en gros plan (conseillers ou leaders de factions opposées) jusqu'aux animations volontairement grotesques des unités, une touche humoristique vient accentuer le grand n'importe quoi historique. On peut toutefois imputer un certain manque de lisibilité à ce florilège d'animations et de personnages bigarrés : davantage d'austérité aurait sans doute permis d'amenuiser les ralentissements constatés dès le milieu de la partie, qu'un clipping assez disgracieux tente vainement de dissimuler. Ce défaut de fluidité s'accompagne en outre d'une jouabilité en demi-teinte, que certains attendaient au tournant. D'un côté, on a une interface assez pratique, qui permet une navigation aisée dans les menus sans multiplier les boutons invoqués ; de l'autre, un mode de contrôle pensé pour la console qui ne parvient jamais à faire oublier le tandem clavier/souris. Concrètement, on déplace un curseur d'analyse (la "loupe", qui fait également office de caméra) avec le stick analogique droit, tandis que le gauche sert à sélectionner et à donner un ordre à une unité. La lourdeur du système à l'usage est compensée par une fonction de sélection automatique des unités, qui évite de fastidieux scrolls de la carte. Au bout de quelques heures d'adaptation, on parvient donc à composer avec ce mode de contrôle particulier, d'autant que la lecture du manuel étaye grandement la prise en main.

Concernant les mécanismes de jeu, ils n'ont que peu bougé par rapport aux épisodes PC. Civilization Revolution se joue au tour par tour, avec un système d'une décision par unité et par tour. On débute la partie à la tête d'une poignée de colons auxquels on ordonne de fonder une première ville après avoir pris soin de prospecter les richesses environnantes. Ceci fait, des paysans se mettent automatiquement à la récolte des ressources. A ce niveau-là, on est déjà confronté à certains choix de développement : on peut privilégier la récolte de nourriture pour favoriser la croissance de la population, ou bien l'approvisionnement en or pour remplir les caisses ; on peut mettre l'accent sur la recherche scientifique afin de prendre l'avantage dans le domaine des découvertes technologiques, ou bien encore produire des unités militaires qui s'en iront explorer le territoire (couvert par défaut d'un épais brouillard de guerre). Chacun des choix qu'il est possible d'effectuer durant la partie, y compris celui du mode de gouvernement, est en relation directe avec l'une des quatre conditions de victoire : territoriale, économique, technologique ou culturelle, chacune requérant l'accomplissement d'objectifs précis (exemple : la victoire technologique est acquise en étant le premier à envoyer un vaisseau spatial sur Alpha du Centaure). On pourrait craindre que ces conditions de victoire enferment le développement dans une relative linéarité, mais il n'en est rien : il est toujours possible d'opérer un changement de direction si le contexte ne paraît pas propice aux choix déjà effectués.

On retrouve pour le reste dans Civilization Revolution les nombreuses possibilités qui ont fait le succès de la série : construire des routes pour accélérer les trajets entre ses villes, envoyer des caravanes commercer avec des villes adverses, conclure des accords avec les autres dirigeants... La diplomatie constitue d'ailleurs un pan important du jeu : on est très souvent sollicité pour des échanges commerciaux ou des pactes de non-agression temporaires qui se soldent bien souvent par une déclaration de guerre. On perd alors ses premiers combats faute d'avoir intégré certains principes. D'une part, trois unités militaires de même type peuvent être regroupées pour constituer une armée, à la puissance de feu décuplée. D'autre part, il ne faut pas hésiter à user et abuser des espions, aptes à s'infiltrer dans les villes ennemies et à en saboter les défenses ou la capacité de production. Enfin, une unité militaire sortant victorieuse d'un combat passe Vétéran et voit ses capacités offensives s'améliorer, ce qui incite au "creeping" préalable sur des villages barbares ! Il y aurait tant de choses à dire sur Civilization Revolution, signe que la profondeur de jeu n'a pas été sacrifiée. On préfère vous les laisser découvrir. Sachez toutefois que le titre propose plusieurs types de jeu en solo (parties libres ou scénarisées dans plusieurs niveaux de difficulté), ainsi qu'un mode multijoueur qui n'est pas le moindre de ses arguments : de 2 à 4 joueurs peuvent s'affronter en ligne ou via liaison multiconsole. Voilà qui promet alliances et trahisons de circonstance !

Test Civilization Revolution Playstation 3 - Screenshot 1Les progrès technologiques sont toujours aussi nombreux.

Test Civilization Revolution Playstation 3 - Screenshot 2La vue par défaut est trop rapprochée, mais le zoom arrière occasionne des ralentissements.

Test Civilization Revolution Playstation 3 - Screenshot 3Malgré l'option de repli disponible, il faut bien réfléchir avant d'engager un combat.

Test Civilization Revolution Playstation 3 - Screenshot 4Il est possible d'obtenir certains tuyaux sur ses adversaires.

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