Blacksite

Blacksite

S'il a réussi à faire illusion pendant quelque temps, il faut se rendre à l'évidence : Blacksite va droit dans le mur. On a beau se dire que l'un des papas de Deus Ex se cache derrière le jeu, rien n'y fait, que l'on se penche sur l'aspect ludique, technique ou narratif, Blacksite pèche à tous les niveaux. Sauf quand il s'agit de nous assommer de publicité in-game, en particulier pour une certaine marque de PC ayant choisi un alien pour emblème. Si on peut accepter de voir des panneaux publicitaires pour la marque, constater que l'armée US est totalement submergée de PC Alienware dans ses bases secrètes, ça fait quand même franchement rigoler.

Enfin bref, ce n'est guère important et c'est bien le moindre problème du jeu. Démarrant en Irak, en pleine guerre évidemment, pour se poursuivre sur le sol américain, Blacksite tente de mélanger un scénario de SF comprenant les moult créatures paranormales et la traditionnelle conspiration gouvernementale à des dialogues faisant vaguement office de satire du gouvernement Bush (si, si, cherchez bien). Une trame horriblement convenue malgré ses efforts pour se planter dans un contexte actuel avec de nombreuses références à la politique américaine en Irak. Rien qui ne sente pas le réchauffé malheureusement et qui ne tombe finalement à plat. De manière générale, on peut déjà évacuer le fait que Blacksite soit ce qu'on appelle un FPS "story driven". Même ses personnages ont un mal fou à accrocher le joueur en se montrant au mieux trop caricaturaux au pire trop fades et en toutes circonstances complètement stupides. Car, ami lecteur, Blacksite fait des prouesses en matière de bêtise artificielle. Constamment ou presque accompagné de deux ou trois partenaires, vous aurez tout le loisir de constater leur totale inutilité. S'il est possible de leur ordonner de se rendre à un point donné indiqué par le pointeur du HUD, on réalise rapidement que la chose ne sert à rien et que vos hommes n'auront de cesse d'agir comme bon leur semble. Et que donne ce libre arbitre forcené ? Des choses délicieuses comme leur fabuleux lancer de grenades. La règle est assez simple : une fois la grenade tombe au milieu de rien, une fois elle tombe sur vous. C'est statistique et franchement navrant à voir. Donc non seulement ils n'ont aucune utilité, mais en plus il faut se méfier d'eux. Quant au fameux système de moral de l'équipe tant vanté par Midway, on a bien du mal à comprendre à quoi il sert. Déprimés ou motivés, vos équipiers agiront toujours de la même façon. Le plus souvent bêtement, vous l'aurez compris.

Nous voilà donc virtuellement solitaires, traversant la succession de niveaux du jeu qui laissent une drôle d'impression. Il est clair que les développeurs ont voulu mettre en scène leur soft en lui donnant un aspect spectaculaire. Las, comme le reste, ces scripts sont tellement cheaps qu'on ne sursaute même pas si l'on essaie de nous faire peur. On reconnaîtra pourtant que le jeu a ses bons moments lorsqu'il nous plante face à des créatures gigantesques qui démontrent un certain potentiel. Mais elles sont si tristement statiques et idiotes qu'elles font finalement plus figure de décoration de luxe que de boss terrifiants. De plus, les plus gros ennemis affichent tous fièrement un énorme point faible clignotant qu'il suffit de bombarder au lance-roquettes pour en venir à bout. Quant à la mise en scène, on la résumera en citant la traversée d'une petite banlieue pavillonnaire déserte en compagnie de nos équipiers. Voilà que soudain, toutes les portes de garages des jolies petites maisons s'ouvrent d'un coup, libérant des couples de monstres humanoïdes sans trace d'un cerveau. Il y a quelque chose de Doom premier du nom dans cette scène qui pousse à sourire. Difficile de croire une seconde à ce sombre guet-apens tendu par des monstres ayant le QI des zombies de Half-Life 2. Dans un autre registre, qui vient définitivement plomber les rares bonnes séquences de Blacksite, on pourra mentionner le vide qui emplit le jeu. Malgré une physique qui met à mal certaines parties du décor, les environnements de Blacksite paraissent désespérément vides et morts. Le meilleur exemple en étant la traversée d'une partie du Nevada en jeep, interrompue de manière chronique par un petit affrontement au milieu de rien et qui reflète assez bien la structure globale du jeu.

Reste à se pencher sur l'aspect technique bien étrange de Blacksite. De prime abord, on aurait pu y voir le seul véritable bon point de la bête. On commence par des textures correctes, des modèles certes pas très bien animés mais assez détaillés et une physique bien plaisante. Cette dernière autorise la destruction de quelques éléments de décor de façon convaincante et on a le plaisir de voir les couvertures voler en éclats sous les balles. Sympa, jusqu'à ce qu'on commence à voir que si on arrive à faire éclater un barrage en béton, une simple table renversée devient une couverture indestructible. Voilà qui est original mais qui ne constitue pas la seule étrangeté technique du titre. Comme je le disais, les choses commencent plutôt bien, avant de dégénérer sérieusement. Petit à petit, on voit le framerate se dégrader, jusqu'à subir des chutes qui nous empêchent presque de bouger à partir de la seconde moitié de la campagne. Une véritable catastrophe par moments qui s'accompagne d'une baisse de qualité des textures qui ne font plus du tout illusion comme au début du jeu. D'autant qu'il faut compter avec un bon paquet de composantes de décor qui popent juste sous votre nez. De plus, il est pour le moins consternant dans un titre actuel de ne voir aucune animation de transition. Le joueur commence à prendre l'habitude de ces très courtes séquences en vue subjective, ou même à la troisième personne, qui font le lien entre deux états. Ici, il va falloir la perdre. Par exemple, quand on doit quitter un hélico à quelques mètres du sol, on peut s'attendre à voir le héros glisser le long d'une corde. Ben là non, pouf, on apparaît d'un seul coup au sol, sans transition. Idem lorsqu'on nous demande de grimper avec un treuil vers le toit d'un bâtiment. Pouf, on se met à léviter vers le sommet alors même que la corde a carrément disparu. Et ce qui vaut pour vous vaut pour vos équipiers, montez dans un véhicule et vous les verrez disparaître et réapparaître à l'intérieur. D'un point de vue purement cosmétique, avouons-le chers amis, c'est tout de même franchement dégueulasse. Du coup, on en serait presque content lorsque le jeu se met à freezer et nous oblige à redémarrer la console. Oui, il fait ça aussi, pour le même prix.

Test Blacksite Playstation 3 - Screenshot 3Le bon point de Blacksite réside dans ses grosses bestioles bien fichues.

Test Blacksite Playstation 3 - Screenshot 4On admire le naturel de la gestuelle des personnages.

Test Blacksite Playstation 3 - Screenshot 5Et ça ? C'est pas un alien peut-être ?

 

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