Alexandra Ledermann : La Colline aux Chevaux Sauvages

Alexandra Ledermann : La Colline aux Chevaux Sauvages

Il y a certaines choses dans l'univers qui ont du mal à être expliquées. L'origine de l'espèce humaine ; le nombre conséquent de fans de Julio Iglesias ; pourquoi la purée faite par maman est toujours meilleure que celle qu'on fait soi-même ; ou encore le succès de la série Alexandra Ledermann. De fait, combien de demoiselles ciblées par le soft seraient à même de dire avec précision qui est cette personne ? Il y a fort à parier que l'immense majorité penserait en premier lieu à la série de jeux vidéo plutôt qu'à la championne d'équitation. Une situation qui a tendance à tourner au burlesque quand on sait que les softs qui sortent aujourd'hui n'ont plus grand-chose à voir avec cette grande dame, si ce n'est l'exploitation de la juteuse licence. Pour ceux et celles qui n'auraient encore jamais entendu parler de la série, il s'agit dans tous les épisodes de mettre en scène une jeune cavalière qu'il faudra mener aux plus hautes marches des podiums équestres. Cette évolution s'accompagne en général de séances de dressage des chevaux que l'on sera amené à monter. Voilà, le cadre est planté, voyons maintenant de quoi retourne cette nouvelle mouture.

Test Alexandra Ledermann : La Colline aux Chevaux Sauvages PC - Screenshot 22Il est possible de croiser deux chevaux pour obtenir le poulain de son choix.

Avant de plonger dans le jeu en lui-même, un petit détail frappe derechef. La jaquette précise qu'un deuxième titre – Le Haras dans la Vallée, sorti jusqu'alors seulement sur console et narrant les aventures de Lily avant celles de cet opus – est inclus dans le DVD. Sympathique initiative, se dit-on. Mais cette pensée se voile d'une certaine inquiétude. Les développeurs auraient-ils voulu faire du zèle pour compenser quelque manque de consistance de leur titre ? Hélas cela semble être le cas, car nous n'avons droit au final qu'à une grande resucée de tous ses ancêtres. Pas la moindre nouveauté ne vient égailler la joueuse avide d'éléments nouveaux, après 9 épisodes. L'histoire a pourtant tout pour plaire aux jeunes filles. Les mustangs sauvages ont été réintroduits dans la vallée et Lily a décidé de venir prêter main-forte à son ami Liam. Bien vite, on se rend compte que les juments ont quelques soucis de fertilité. Epineux problème, d'autant que se profile en parallèle la prestigieuse Coupe des Légendes. Du romantisme sirupeux, des personnages stéréotypés au possible – de Carla la pimbêche hautaine à Grant, le vieux papy qui connaît les animaux par coeur – une intrigue ne cassant pas trois pattes à un cheval boiteux...

Test Alexandra Ledermann : La Colline aux Chevaux Sauvages PC - Screenshot 23L'une des phases les plus fastidieuses du jeu. Il faut un poignet de culturiste par moments.

Evacuons rapidement les quelques points positifs. Le jeu se prend en main avec une facilité déconcertante ; l'univers pastel "où-tout-le-monde-il-est-beau-et-gentil" colle bien avec le ton de la saga ; les doublages sont en français. Autre chose ? Eh non hélas, c'est bien là tout ce qu'on peut trouver comme intérêt au titre. En revanche, les soucis, eux, sont légion. A commencer par le problème récurrent d'une série qui inlassablement se repose sur ses lauriers : le manque flagrant d'innovation. C'est simple, si l'on excepte les environnements (quoique) et l'histoire, le jeu est une copie conforme du précédent opus. Comme dans le Haras dans la vallée, on peut apprivoiser des chevaux (bonjour la cohérence au vu de la rapidité à laquelle cela se fait), s'en occuper, cueillir quelques plantes pour soigner un canasson malade et donner naissance à des poulains (à la croissance express, rebonjour). Ajoutons à cela quelques menues épreuves et on aura fait le tour de la question. Si le titre est plutôt sympathique pour quelqu'un n'ayant jamais touché à la série, on peut déplorer en revanche qu'Ubisoft se trompe d'animal en prenant les jeunes cavalières (et surtout leurs parents) pour des vaches à lait.

Test Alexandra Ledermann : La Colline aux Chevaux Sauvages PC - Screenshot 24Pas de crainte de se perdre, une flèche indique en permanence la localisation de l'objectif.

Si les décors sont relativement agréables, offrant leurs tons chauds et pastels au regard de tous, certaines textures sont franchement grossières et indignes de la configuration exigée par la jaquette. Méfiez-vous d'ailleurs de ces données. La machine de test, relativement puissante, a été de nombreuses fois à la traîne, ce qui se traduit par une baisse de framerate particulièrement agaçante. On passera aussi sur le clipping incessant et les bugs de collision occasionnels. Petit reproche également quant à la cohérence de certaines phases. Quand Lily monte son cheval, celui-ci est bien harnaché. Dès qu'elle descend de selle en revanche, tout cet attirail disparaît. Un détail me direz-vous, mais que les cavalières émérites ne manqueront pas de remarquer.

Test Alexandra Ledermann : La Colline aux Chevaux Sauvages PC - Screenshot 25Tiens, les brosses à chevaux sont aussi utilisables pour les cheveux ?

N'espérez pas non plus pouvoir laisser libre cours à votre fougue de galopeuse invétérée, les parcours sont plus que balisés et le cheminement très linéaire. Alors oui, on peut çà et là s'écarter vaguement du chemin mais on finit invariablement par se faire freiner par une barrière rocheuse ou un fourré un peu touffu, quand ce n'est pas par un mur invisible ! Frustrant. Autre grief, l'aspect extrêmement répétitif des actions à accomplir. Les chapitres se découpent de manière identique : va chercher telle plante, approche tel cheval, retourne au ranch, recommence, décrasse ta monture, participe aux qualifications. On aurait aimé un peu plus de fantaisie ! Tiens tant qu'on y est, parlons-en un peu, de l'entretien de votre fidèle destrier. Les trois activités proposées sont le brosser, le laver et lui curer les sabots. Une routine vite lassante. Le problème vient surtout de la réponse parfois surprenante de la souris à vos mouvements. Pour espérer faire mousser votre cheval, il va falloir secouer le mulot comme un fou furieux jusqu'à se donner une tendinite. On glissera rapidement sur le fait qu'une micro-parcelle de poil non enduite de savon vous empêchera de passer au rinçage. Notons également que si une quantité intéressante de brosses et de gants est proposée, ils ne changent rigoureusement rien à la manière d'opérer. Oui, le jeu s'adresse aux plus jeunes, mais fallait-il pour autant les prendre pour des débiles mentaux ? Un mot sur la compétition, si tant est qu'on puisse la qualifier ainsi. Elle comporte trois épreuves : saut d'obstacles, cross et vitesse. Les deux dernières ne sont d'ailleurs que des variantes l'une de l'autre, le but étant de terminer le parcours en un temps limité, tout en passant par tous les checkpoints, quelle que soit leur forme. Minimaliste.

Test Alexandra Ledermann : La Colline aux Chevaux Sauvages PC - Screenshot 26Les compétitions se succèdent... et hélas se ressemblent toutes.

Un petit point pour terminer sur les musiques et sons du jeu. Pour les premières, on reste tout à fait dans le ton des compositions propres à ce genre de titre. Une sorte d'Enya mielleux au possible, dégoulinant de bons sentiments. Le plus surprenant reste d'ailleurs leur caractère aléatoire, celles-ci pouvant se déclencher à certains moments et s'arrêter à d'autres, sans raison particulière. En ce qui concerne les bruitages, force est de constater que les programmeurs ne se sont pas vraiment foulés. Le fracas des sabots peine vraiment à convaincre, d'autant qu'il reste toujours le même, quelle que soit la surface foulée, si l'on excepte les tristes "flotch-flotch" de l'eau. Pour ce qui est des doublages, ils sont dans l'ensemble de qualité correcte, si l'on est pas trop regardant. En revanche, tous les dialogues ne sont pas accompagnés des voix des protagonistes. La plupart du temps, seul le texte apparaît à l'écran, tandis que le personnage émet un cri correspondant à son état d'esprit (surprise, approbation, réflexion...). Le souci, car il y en a un encore une fois, est que ces exclamations auraient par moments davantage leur place dans un élevage porcin du Cantal. Vous l'aurez compris, ce nouvel opus n'apporte pas grand-chose de bien nouveau. Si la série Alexandra Ledermann continue à bien se porter, force est de constater qu'elle se vide de plus en plus de sa substance, reprenant encore et toujours les mêmes mécanismes, sans innover. Vous êtes prévenus.

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