Aggression : Reign over Europe

Aggression : Reign over Europe

Si RTS et wargames semblent cousins, il s'agit de deux genres bien distincts ayant chacun leurs spécificités. Il n'est pas évident pour un petit studio de réunir les compétences nécessaires pour satisfaire aux exigences de l'un et de l'autre. De fait, si Aggression : Reign Over Europe ne manque pas de bonnes idées, il souffre de nombreux problèmes de finition qui finissent par nuire sensiblement à l'expérience globale qu'il propose. Hasard du calendrier ou ironie du sort, il sort hélas en même temps que son concurrent direct, War Leaders, au risque de souffrir de la comparaison.

Test Aggression : Reign Over Europe PC - Screenshot 18On peut recruter un nombre impressionnant de personnalités historiques.

A peine arrivé sur le menu général, le joueur doit faire face à une première déception : il n'y a qu'une seule et unique campagne. Elle commence obligatoirement en 1910 et se termine forcément en 1950. Par ailleurs, on n'a le choix qu'entre quatre grandes puissances (France, Allemagne, Angleterre, Russie) et le but du jeu consiste invariablement à conquérir l'Europe tout entière. Une fois qu'on a sélectionné son pays, on se retrouve alors sur une carte d'Europe, où figurent également le Maghreb et une partie de la Russie. Comme dans Europa Universalis, les divers pays sont découpés en provinces dotées d'une ville. Et comme dans Europa Universalis, le temps défile à la vitesse de notre choix pendant que l'on joue. On est tantôt submergé de tâches nous obligeant à mettre le jeu en pause tandis qu'à d'autres moment, il peut se passer des semaines entières en vitesse max sans que le moindre événement ne survienne.

Test Aggression : Reign Over Europe PC - Screenshot 19Les phases de jeu en temps réel sont jolies mais décevantes.

En temps de paix, on occupe habituellement son temps à surveiller nos villes, équilibrer les finances, prendre soin de la population, orienter la recherche scientifique, développer ses outils de production, etc etc. Il faut tenir compte des divers courants politiques de l'époque ainsi que du niveau d'instruction de nos concitoyens. Parfois, un événement aléatoire (famine, proposition commerciale...) vient nous distraire de la routine tandis que des événements ayant réellement eu lieu à des dates précises (naufrage du Titanic, première traversée de l'Atlantique en avion...) illustrent le contexte historique. Pour se démarquer des simulations géo-politiques habituelles, Aggression : Reign Over Europe se concentre sur la gestion des 200 personnages historiques que l'on peut recruter moyennant quelques points d'Education. Chacun d'eux peut exercer jusqu'à trois professions parmi six disponibles (leader, ministre, humaniste, espion, général et scientifique) et être envoyé où bon nous semble pour aider nos compatriotes, diriger des armées ou nuire à l'ennemi. Selon le niveau atteint dans son ou ses métiers, le personnage peut choisir un certain nombre de compétences parmi un ou des panels spécifiques. Néanmoins, il faut faire un choix entre polyvalence et spécialisation. En effet, si un personnage a plusieurs métiers, il ne pourra jamais atteindre le niveau maximum dans l'un d'eux.

Test Aggression : Reign Over Europe PC - Screenshot 20Certains événements n'ont aucun impact sur le jeu.

La gestion de notre empire et des personnages est plutôt plaisante mais certains dysfonctionnements pour le moins étonnants viennent gâcher notre plaisir. Tout d'abord, il n'est pas rare qu'un événement aléatoire nous impose d'envoyer un personnage à l'autre bout de l'Europe sans qu'il soit techniquement possible de se rendre sur le lieu de la mission dans le temps imparti. Par ailleurs, le système des alliances fonctionne mal et on peut très bien se faire massacrer par un pays ennemi pendant qu'une puissance alliée se la coule douce de l'autre côté de la frontière. En jouant la France, nous nous sommes ainsi faits laminer par l'Angleterre tandis que nos alliés Allemands ne bougeait pas le petit doigt. Nous aurions mieux fait de conserver le système d'alliance traditionnel semble-t-il. Il faut dire que la diplomatie n'est pas particulièrement bien soignée dans Aggression : Reign Over Europe. L'interface des relations internationales manque singulièrement d'options. Enfin, le déplacement des quelques types d'unités militaires que l'on peut produire est assez déroutant. On doit obligatoirement les regrouper sous forme d'armées avant de bouger. Ce système manque de flexibilité et nous oblige à déclencher des offensives de vastes envergures.

Test Aggression : Reign Over Europe PC - Screenshot 21La diplomatie a vraiment été négligée.

Le pire est probablement à venir lors des phases de RTS. Non qu'elles soient franchement ratées mais la somme de petits détails agaçants qui s'accumulent finit par rendre l'expérience insupportable quand on a déjà joué à de véritables perles comme Company of Heroes. Il n'y a, par exemple, pas de raccourcis efficaces pour alterner entre plusieurs groupes de combattants. On passe donc son temps à sélectionner les unités. Le pathfiding est parfois calamiteux et les unités se bloquent aussi dans le décor sans pouvoir repartir. L'I.A alterne entre des coups de génie et la bêtise la plus affligeante. Les canons sont surpuissants mais si l'ennemi vient de côté, ils sont incapables de tourner tout seul. Bref, on peste, on jure, et maudit le manque de finition de ces phases de jeu qui bénéficiaient pourtant de graphismes avenants et d'un potentiel tactique bien réel. En somme, avec un peu plus d'application, Aggression : Reign Over Europe aurait pu être un bon jeu de stratégie ou un bon RTS mais en courant deux lièvres à la fois, Lesta Studio s'est finalement fourvoyé. Il n'est pas le premier à tomber dans le piège et il ne sera certainement pas le dernier.

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